Autisme - Critique de la méthode ABA

par Amortentia

Un thread original de @AmSlytherpuff


Article à lire, l'autrice développe le fait que, pour le dire vite, les méthodes de dressage de chiens ont plus d'éthique que la méthode ABA. Je me permets de le reprendre en FR, en ajoutant quelques trucs (issus de mon expérience) et mon avis

Elle pointe d'abord le fait que dans les présentation officielles de la méthode, à aucun endroit n'est abordé le bien-être de la personne autiste. Elle reprend des textes de sites anglophones mais on retrouve la même chose sur les sites FR :

"Autism Speaks says that ABA helps: Increase language and communication skills. Impriove attention, focus, social skills, memory, and academics. Decrease problem behaviors" J'irai même plus loin, l'enfant est considéré comme un objet à modeler, pour coller à un modèle "normal" : centration sur le fait de ramener les pers. autistes vers une norme : "L’apprentissage est décomposé en séances[...]jusqu’à ce que l’enfant réussisse à répondre CORRECTEMENT" "Le temps d’enseignement est optimisé pour réduire le temps consacré à des activités non productives comme l’autostimulation ou les comportements inappropriés, pour favoriser la concentration, l’attention" alors même que le "flapping" (considéré par la méthode ABA comme un comportement symptomatique à éliminer = activités non productives, comportement inappropriés) est présenté par beaucoup de personnes autistes comme un moyen de s'apaiser !

L'autrice revient sur l'affirmation que ABA serait utilisée sur les animaux : c'est faux. ABA s'appuie sur le comportementalisme radical (ie tous les comportement sont modifiables par la récompense et la punition > par conséquence les émotions et pensées qui en découlent le sont aussi) Or cette méthode n'est même plus employée par la plupart des dresseurs canins, et pour cause ⤵️ L'autrice pointe un questionnement éthique essentiel : la méthode ABA fonctionne dans une certaine mesure, oui, mais est-ce que ce la veut dire qu'il faut l'utiliser ?

Elle dit "Nous savons tous que nous pouvons ressentir de la colère sans l'exprimer. Que nous pouvons sourire alors qu'à l'intérieur nous pleurons. On peut empêcher quelqu'un d’exprimer une émotion, mais ça ne la fait pas disparaître."

ABA ne s'intéresse pas vraiment au bien-être des pers. autistes, car selon cette méthode, être "normal" est un besoin pour celles-ci. Or, le bien-être ne réside pas nécessairement dans la "normalité". L'autrice dit : "un enfant autiste qui tourne sur lui même ou saute est probablement en train de "stimer", de "s'auto-réguler" par le mouvement — ce sont des façons de s'apaiser. "Le flapping et l'écholalie (répéter des mots ou phrases) sont des expressions et jouent souvent un rôle émotionnel et développemental important"

L'autrice pointe le fait que le "Behaviour Analyst Certification Board (BACB)" (bureau de certification qui régule les questions relatives aux méthodes d'analyse comportementale, entres autres ABA), n'évoque pas le bien-être de l'enfant dans sa politique de fonctionnement ou ses consignes"

Dans leur code de déontologie, le terme "client·e" (🤢) est utilisé de façon indifférenciée pour les parents et l'enfant autiste. Ce qui crée une brèche concernant le consentement de la personne autiste !

"De la façon dont c'est écrit, l'apprenant (ie la pers. autiste) pourrait ne pas consentir, et l'analyste [comportemental] serait toujours dans le respect des consignes [de ce code]" tant que les parents ont consenti.

Seuls trois points de ce code de déontologie adressent la q° du bien-être des patient·e·s, et même là il y a plusieurs problèmes : 1) "le renforcement doit être préféré à la punition", mais quand on parle de behaviorisme, ces 2 termes n'ont pas une valeur positive ou négative intrinsèque

Subsection 4.08 requires that reinforcement procedures must be preferred over punishment procedures. Subsection 4.09 requires that they use least restrictive procedures necessary. THis is meaningless, hoever, because it does not define what is considered "restrictive" or lay out a clear guideline on this. Subsection 4.10 warns against harmful reinforcers which could adversely affect the client's health (presumably the learner, not the parent).

C'est 1 des 1ères choses qu'on apprend en TCC d'ailleurs. Le renforcement ça peut être de faire cesser un stimuli aversif (ex: arrêter une décharge électrique quand un rat appuie sur le bon bouton). 2) Ce code ne dit rien à propos de la douleur, ne définit pas ce qui est "aversif". Selon ce code tant que la procédure dite "aversive" (ie désagréable) est efficace, accompagnée d'un entrainement & d'une supervision, on peut hypothétiquement faire n'importe quoi. Le terme "abus" n'est jamais mentionné, défini.

En conclusion, l'autrice résume tout ça par ces mots:

"ABA suppose que la clé du bonheur est de changer leur comportement pour s'aligner sur les enfants non autistes. Il se concentre sur l'entrainement des enfants, en prenant en otage leurs sources de bonheur et en les utilisant comme des moyens de chantage pour amener les enfants à atteindre des objectifs qui ne sont pas nécessairement dans l'intérêt de leur bien-être. Et comme je l'ai dit... je n'oserais pas traiter un chien de cette façon. " Ma trad. de l'article est partielle (parce qu'il est très long), mais si vous êtes fluent en anglais, je vous invite à le lire en entier. J'ai repris surtout ce qui concernait les thérapies auprès des pers. autistes et moins ce qui concernait le dressage canin car en tant que future psy c'est évidemment là dessus que je souhaitais insister. Je voulais en parler aussi parce que ça permet d'adresser d'autres questions dans le champ de la santé mentale, sur la façon dont on considère les personnes atteintes de "troubles" d'ordre psycho On est psy pour nos patient·e·s, par pour la société. Nous ne sommes pas là pour les dresser, les rééduquer, pour les faire correspondre à une norme sociale. Nous sommes là pour écouter, accompagner. Notre rôle n'est pas de réduire le malaise de la société vis-à-vis d'elleux, mais de leur proposer un espace d'expression, d'accueil de leur parole (quand parfois la société les met à mal). Cela n'exclut pas d'accompagner un changement, des prises de conscience, mais notre travail doit être façonné par une éthique, qui, à mon avis, ne peut pas être guidée par le souci de rendre nos patient·e·s acceptables et efficaces aux yeux de la société. Des assos telles que "Vaincre l'autisme" (principalement destinée aux parents d'enfants autistes) clament d'ailleurs qu'il faut "Régler la situation de l'autisme", "réduire les symptômes" et leur démarche est fortement critiquée par bon nombre de personnes autistes. On ne peut pas non plus ignorer que ce type de méthode apparaît dans le cadre d'un marché de la santé fleurissant. Et ce marché rapporte de l'argent ! Pour obtenir la certification ABA par le Behavior Analyst Certification Board (BACB), il faudra payer les frais de traitement du dossier + 100$/an pour la renouveler ! Il serait dangereux de défendre cette pratique sans prendre cela en considération.